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 [RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456

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Argael
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Date d'inscription : 30/10/2006

MessageSujet: [RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456   Jeu 13 Mar 2008 - 20:47

Citation :
Par la Grâce d'Aristote, qui crée toute chose, et dont toute chose est la création et le reflet


Nous, Conseil Ducal du Lyonnais-Dauphiné,



Annonçons que le Duché du Lyonnais-Dauphiné remettra le dimanche, second jour de mars de l'année courante, six prix en monnaie sonnante et trébuchante aux artistes qui lui présenteront leurs oeuvres et l'emporteront pour ce qui suit:



Citation :
Arrow Une bourse de 400 écus à l'auteur de la meilleure ballade ou pas d'armes;

Arrow Une bourse de 350 écus à l'auteur de la meilleure ode ou épopée;

Arrow Une bourse de 200 écus à l'auteur du meilleur fabliau;

Arrow Une bourse, dicte "Prix Samuel Kamps", de 250 écus à l'auteur de la meilleure pièce de poésie libre (complainte, ...);

Arrow Une bourse de 400 écus à l'artiste qui dressera la meilleure vue de notre bonne ville de Lyon en son état présent.

Arrow Une bourse de 400 écus à l'artiste qui dressera pour leur satisfaction le meilleur portrait de Sa Majesté Très Aristotélicienne Levan de France, du Gouverneur Zwyrowsky, ou du Premier Conseiller Argael.


Ceci afin d'honorer les Arts et la mémoire de feu Samuel Kamps, Seigneur de la Motte-Fangeas, sage parmi les Dauphinois, et ami des Muses.


Nous disons ci-après les règles que suivront les artistes désireux de concourir pour les six prix mis en jeu par le Duché pour favoriser les arts et l'ingéniosité des poètes et miniaturistes.

- Premièrement, l'ensemble des oeuvres devront être envoyées exclusivement au Gouverneur Zwyrowsky, au Premier Conseiller Argael, ou au Héraut du Dauphiné ici présent, avant le 29 février.

Toutes seront rendues publiques à partir du 29 février, et jusqu'à la distinction des meilleures d'entre elles par le Gouverneur et le Conseil Ducal du Lyonnais-Dauphiné.

- Deuxièmement, les récompenses seront données par bon mandat ou lettre de change à tous les concurrents qui viendront les réclamer dans les trois mois sur les terres du Lyonnais-Dauphiné, ou à l'une des provinces tenant commerce régulier avec lui, en cas d'accord préalable entre le Lyonnais-Dauphiné, le concurrent et la tierce province.

- Troisièmement, les concurrents devront s'efforcer, dans chaque catégorie, de suivre les règles qui sont dictes ci après pour chacune. L'attribution du prix ne se fera pas uniquement d'après le respect strict de ces contraintes formelles, mais celui-ci sera un élément d'appréciation.

Arrow BOURSE DE LA MEILLEURE BALADE (400 écus)


Citation :
Le sujet, destiné à être chanté, sera populaire, sans vulgarité.

Trois couplets de huits vers en octosyllabes, dont le huitième sera identique dans chaque couplet, suivis d'un envoi de quatre vers concluant la ballade; le tout sur trois rimes seulement.

Exemple:

Couplet 1
Huit vers (octosyllabes) - 8e identique aux autres 8e
Couplet 2
Huit vers (octosyllabes) - 8e identique aux autres 8e
Couplet 3
Huit vers (octosyllabes) - 8e identique aux autres 8e
Envoi
Quatre vers (octosyllabe)

Variante du pas d'armes:

Citation :
Sur un sujet noble ou militaire

Strophes de nombre libre (mais plutôt court) de huit vers en tri- ou tétrasyllabes pouvant être mêlés régulièrement (ex: 4/3/4/3/4/4/4/3) pour donner du rythme, dont le huitième sera identique ou proche dans chaque strophe; envoi de quatre vers concluant le pas d'armes. Le nombre de rimes est libre.

Arrow BOURSE DE LA MEILLEURE ODE OU DU MEILLEUR DICT (350 écus)

Ode:

Citation :
Le sujet est libre (lyrique, héroïque, courtois, religieux)

Structure tripartite susceptible d'être répétée pour déployer le sujet: une strophe et une anti-strophe, d'un nombre égal de vers, se font contrepoids; elles sont suivies d'une épode généralement plus courte (en nombre de vers, et en métrique), au caractère conclusif. Les rimes sont libres.

Exemple de structure de base:

Strophe
n vers
En métrique x
Antistrophe
n vers
En métrique x
Epode
p vers (p<n)
En métrique y (y<x)

Dict (ou 'épopée'):

Citation :
Le thème est héroïque ou/et religieux ou/et historique ou et/ merveilleux

Nombre et longueur des strophes, s'il y en a, sont libres, comme les rimes. La métrique est libre également, mais plutôt ample (entre l'octosyllabe et l'alexandrin, souvent le décasyllabe)

Arrow BOURSE DU MEILLEUR FABLIAU (200 écus)

Citation :
Le thème est lié à la vie quotidienne, amusant et moqueur, éventuellement licencieux, irrespectueux ou provocateur par rapport aux valeurs de la noblesse et du clergé.

Le fabliau est en octosyllabes, dans un récit court porté sur l'action et les dialogues. Nombre et longueur des strophes, s'il y en a, sont libres, comme les rimes.

Arrow Prix Samuel Kamps, BOURSE DE LA MEILLEURE PIECE DE POESIE LIBRE (250 écus)

Citation :
Toute licence est ici laissée aux poètes pour plaire au public dans le choix du thème, de la forme et de la longueur.
Seule contrainte: la métrique doit être constante, et les rimes libres mais présentes.



Arrow BOURSE DU MEILLEUR PAYSAGE (400 écus)

Citation :
Les artistes devront fournir une oeuvre graphique mettant en scène la ville de Lyon en son état présent, optant pour tout système de représentation qui leur paraitra bon (vue cavalière, perspective, plan, vue de détail, ...) de nature à flatter le sujet.

Arrow BOURSE DU MEILLEUR PORTRAIT (400 écus)

Citation :
Les artistes devront présenter un portrait représentant:

- soit Sa Majesté Royale Levan III de France dans sa gloire.
- soit Jean Zwyrowsky, baron de Saillans et Gouverneur du Lyonnais-Dauphiné, tel qu'on le décrit diversement:

Code:
http://img72.imageshack.us/img72/8385/armqj7.jpg
Code:
http://img262.imageshack.us/img262/5563/portraitiz7.jpg

- soit Argael, seigneur de Saint-Giraud et Premier Conseiller du Lyonnais-Dauphiné, à partir des éléments ci après:

Code:
http://img182.imageshack.us/img182/1015/191395400343bee13f0c6b8el1.jpg
Code:
http://img182.imageshack.us/img182/926/argaelfc3uh5.jpg

Des détails complémentaire et des exemples seront donnés ici mêmes, où seront remis les prix.

Qu'on se le dise!

A Lyon, ce mardi, douzième jour de février MCCCCLVI
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Zwyrowsky

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MessageSujet: Re: [RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456   Sam 12 Avr 2008 - 1:03

Citation :
Oyez, Oyez!

Afin d'encourager les muses dauphinoises, le conseil ducal a décidé de vous offrir chaque jour lecture d'un genre poétique, exemples fameux à l'appui.

Voici donc pour aujourd'hui:

La ballade et le pas d'arme...


La Ballade se fait avec des vers de huit pieds. Il y a trois couplets et demi, ce dernier (l'envoi) servant de refrain à l’occasion. Le tout se joue sur trois rimes et il faut donc choisir ces rimes dans des sonorités qui se retrouvent facilement dans des mots.

Si l'on en veut donner un schéma simple, voici ce qu'on peut dire:

Citation :
En octosyllabes
Sujet de chanson - donc plutôt populaire: quel qu'en soit le thème, éviter le registre héroïque, le religieux et le "fin amor"

Couplet 1
Huit vers - 8e identique aux autres 8e
Rimes ABABBCBC

Couplet 2
Huit vers - 8e identique aux autres 8e
Rimes ABABBCBC

Couplet 3
Huit vers - 8e identique aux autres 8e
Rimes ABABBCBC

Envoi
Quatre vers
Le premier commence par "Prince" ou "Amour" ou tout autre mot de noble allure et de courte longueur lançant l'adresse
Rime BCBC

Ainsi de celle qui suit:

Citation :
BALLADE DES FEMMES DE PARIS
(par François Villon)

Quoiqu'on tient belles langagères
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour être messagères,
Et mêmement les anciennes,
Mais soient Lombardes, Romaines.
Genevoises, à mes périls,
Pimontoises, savoisiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chaïères,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et sont très bonnes caquetières
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d'autres pays,
Espagnoles ou Catelennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suisses n'y savent guères,
Gasconnes, n'aussi Toulousaines :
De Petit Pont deux harengères
Les concluront, et les Lorraines,
Angloises et Calaisiennes,
(Ai-je beaucoup de lieux compris ?)
Picardes de Valenciennes ;
Il n'est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donnez le prix ;
Quoi que l'on die d'Italiennes,
Il n'est bon bec que de Paris

Bien sur, comme toute forme, elle n'est pas figée. Le même Villon utilise aussi des strophes de dix vers, sur le même modèle:

Citation :
EPITRE A MES AMIS

Ayez pitié, ayez pitié de moi,
A tout le moins, s'il vous plaît, mes amis !
En fosse gis, non pas sous houx ne mai,
En cet exil ouquel je suis transmis
Par Fortune, comme Dieu l'a permis.
Filles aimant jeunes gens et nouveaux,
Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux,
Vifs comme dards, aigus comme aiguillon,
Gousiers tintant clair comme cascaveaux,
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Chantres chantant à plaisance, sans loi,
Galants riant, plaisants en faits et dits,
Coureux allant francs de faux or, d'aloi,
Gens d'esperit, un petit étourdis,
Trop demourez, car il meurt entandis.
Faiseurs de lais, de motets et rondeaux,
Quand mort sera, vous lui ferez chaudeaux !
Où gît, il n'entre éclair ne tourbillon :
De murs épais on lui a fait bandeaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Venez le voir en ce piteux arroi,
Nobles hommes, francs de quart et de dix,
Qui ne tenez d'empereur ne de roi,
Mais seulement de Dieu de paradis ;
Jeûner lui faut dimanches et merdis,
Dont les dents a plus longues que râteaux ;
Après pain sec, non pas après gâteaux,
En ses boyaux verse eau à gros bouillon ;
Bas en terre, table n'a ne tréteaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Princes nommés, anciens, jouvenceaux,
lmpétrez-moi grâces et royaux sceaux,
Et me montez en quelque corbillon.
Ainsi le font, l'un à l'autre, pourceaux,
Car, où l'un brait, ils fuient à monceaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?


Le pas d'arme est une variante difficile et peu pratiquée sur la ballade, puisqu'il est une chanson également, mais sans envoi, et de métrique plus courte. Le thème en est souvent plus martial (comme son nom l'indique) ou dédié à un noble.

Là encore, un bon schéma valant mieux qu'on long discours, en voici la trame:

Citation :
Souvent en tri ou tétra- syllabes; éventuellement mêlés régulièrement (ex: 4/3/4/3/4/4/4/3) pour donner du rythme.
Strophes de 8 vers.
Rimes libres, au mieux de type ABABCCCB
Nombre de strophes libre, mais plutôt court.

Pour ne pas anticiper (irl, les rares exemples que j'en trouve sont de Victor Hugo Rolling Eyes ), nous citerons donc exceptionnellement notre Gouverneur et son:

Citation :
PAS D’ARME DAUPHINOIS
(Jean Zwyrowsky, 1454)

Brave soldat
Du Lyonnais
Du Dauphiné
Voici le pas -

D'un camarad'
Qui affronta
La Savoyard',
Et l'Auvergnat

Brave soldat
Du Lyonnais
Du Dauphiné
Entends le pas -

Un autre vient
Ecus en pal
Languedocien
Et Provençal

Pauvre soldat
En Lyonnais
En Dauphiné
Souviens toi -

De tes compères
Ceux qui nombreux
Gisent ci-bas...
Troupe d'ombres

Pauvre soldat
En Lyonnais
En Dauphiné
Ne passe pas!
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Zwyrowsky

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MessageSujet: Re: [RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456   Sam 12 Avr 2008 - 1:03

Citation :
Oyez, oyez!

Ce soir nous vous parlerons du deuxième prix offert au concours, celui des odes et des dicts. L'une comme l'autre offrent une grande liberté de composition, contrairement au côté très formalisé de la ballade ou du pas d'arme décrit hier. Mais l'une comme l'autre nécessitent donc de leur auteur une grande cohérence dans l'organisation de son oeuvre, pour séduire son auditoire...


Les Odes et les Dicts...

Les Odes, d'abord... Une forme un peu passée de poésie. L'ode présente classiquement une structure tripartite susceptible d'être répétée: une strophe et une anti-strophe, d'un nombre égal de vers, se font contrepoids; elles sont suivies d'une épode généralement plus courte (nombre de vers, et métrique), au caractère conclusif. Mais cette structure de base peut être répétée et variée pour déployer le sujet, qui est aussi varié que possible.

Pour résumer schématiquement:

Citation :
Rimes libres
Nombre de strophes libres selon le schéma suivant
Tous sujets (lyrique, héroïque, courtoise, religieuse)

Strophe
n vers
En métrique x

Antistrophe
n vers
En métrique x

Epode
p vers (p<n)
En métrique y (y<x)

Mais à vrai dire, chacun fait avec ce modèle ce qu'il lui plait: l'Ode est un genre assez libre, l'essentiel en étant le mouvement ternaire.

Ainsi ici la métrique est entremêlée à l'intérieur de chaque strophe; couplée aux rimes:

Citation :
À LA FORET DE GASTINE
P. Ronsard

Couché sous tes ombrages verts,
Gastine, je te chante
Autant que les Grecs, par leurs vers
La forêt d'Érymanthe :

Car, malin, celer je ne puis
À la race future
De combien obligé je suis
À ta belle verdure,

Toi qui, sous l'abri de tes bois,
Ravi d'esprit m'amuses ;
Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me répondent les Muses ;

Toi par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre,
Lorsqu'en toi je me perds bien loin,
Parlant avec un livre.

Tes bocages soient toujours pleins
D'amoureuses brigades
De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naïades !

En toi habite désormais
Des Muses le collège,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège !


L'épopée (ou dict) est un récit en vers d'aventures héroïques. Elle chante les héros, la gloire et les malheurs de l'homme et des dieux.

Les règles de l'épopée ne sont guère que les règles générales de la poésie, du bon sens et du goût. Le poète épique chante les actions héroïques des rois, les passions populaires et les guerres sanglantes; on lui recommande l'ordre, l'art de mettre les choses à leur place, le naturel, une marche rapide, un mélange heureux de la fiction et de la réalité. La grandeur du sujet et la majesté de la poésie sont les premières règles, parce quelles sont les premières inspirations du génie. L'intérêt s'y rattache naturellement. L'unité d'action n'est pas moins rigoureuse dans l'épopée que dans le drame. Le merveilleux, lié souvent aux propres croyances du poète, peut avoir sa place.

Pour résumer cette longue description d'un genre très large mais difficile:

Citation :
Rimes libres
Strophes libres (ou absence)
Métrique libre mais plutôt ample (entre l'octosyllabe et le dodécasyllabe alias alexandrin, souvent le décasyllabe)
Thème héroïque ou/et religieux ou/et historique ou et/ merveilleux


Au sein d'un dict peuvent prendre place plusieurs scènes de nature variée, comme ici:

Citation :
CHANSON DE ROLAND

Le Conseil

L'empereur s'en va sous un pin,
là en conseil il convoque ses barons :
« Seigneurs barons », dit l'empereur Charles
le roi Marsile m'a envoyé ses messagers.
De ses richesses, il veut me donner une grande quantité,
mais il me somme de retourner en France ;
il me suivra à Aix, en ma demeure,
il recevra notre foi qui plus que tout nous sauve. »
Roland dit au roi : « N'allez surtout pas croire Marsile !
Le roi Marsile s'est conduit en grand traître.
A Saragosse menez l'armée que vous avez rassemblée. »
Ganelon dit au roi : « Malheur si vous croyez un fou.
Puisque le roi Marsile vous annonce
qu'il deviendra, mains jointes, votre vassal,
qui vous conseille de rejeter cette offre
se soucie peu, sire, de quelle mort nous pourrons mourir. »


(...)

Exploits de Roland et Olivier

Le comte Roland chevauche à travers champ,
tient Durendal, qui tranche et frappe de taille,
des Sarrasins il fait un grand massacre.
Vous l'auriez vu là jeter les morts les uns sur les autres
et le sang clair qui jaillit sur le sol !
Et Olivier chevauche à travers la mêlée.
Sire Olivier a tiré sa bonne épée,
frappe un païen, Justin de Val-Ferrée,
lui coupe le crâne en deux par le milieu,
lui fend le corps et la brogne laquée or,
et la bonne selle aux gemmes serties dans l'or,
et tranche l'échine du destrier.
De toutes parts on crie « Montjoie ! »


http://lachansonderoland.d-t-x.com/
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Zwyrowsky

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MessageSujet: Re: [RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456   Sam 12 Avr 2008 - 1:03

Citation :
Oyez, oyez!

Nous voici presque au terme de notre parcours en poésie, mais nous reste encore à célébrer ce dimanche, jour férié et libre, par la démonstration, s'il en était encore besoin, de la liberté de la poésie. Je vais vous parler du fabliau, ces petites pièces si inventives et si drôles... et puis ensuite nous verrons quelques exemples de tout ce dont nous n'aurons pas parlé en vue du concours proposé par le Conseil Ducal!


Le fabliau - et la poésie libre!

Commençons par le fabliau... Le principe est simple: il s'agit de petites histoires en vers simples et amusants, et qui ne se proposent guère que de distraire ou de faire rire les auditeurs ou les lecteurs.

La versification est monotone, avec ses vers octosyllabiques, disposés par deux (ou encore disposés de manière la plus simple): rimes plates et souvent incorrectes; ce qui caractérise le récit c'est la concision, la rapidité, l'absence de tout pittoresque, et surtout la rapidité dans l'action et la vivacité des dialogues.

L'esprit est résolument laïque, rieur, parodique, parfois irrespectueux ou provocateur par rapport aux valeurs de la noblesse. On vante la ruse et l'esprit plus que la force et la noblesse, le vilain contre le seigneur, le curé peut être tourné en ridicule, voire Dieu et ses saints (mais gare à leurs foudres et à celles du clergé!) - détachés de toute sacralité.

Pour résumer:

Citation :
Rimes libres
Strophes libres (ou absence)
Octosyllabes
Récit court porté sur l'action et les dialogues
Thème prosaïque amusant ou moqueur

Ce qui donne autant de possibilités que d'auteurs, et des pièces de qualité bien sûr fort variable.

Citation :
BRUNNAIN, LA VACHE AU PRETRE
Jean Bodel (1165?-1210)

C'est d'un vilain et de sa femme
que je veux vous conter l'histoire.
Pour la fête de Notre-Dame, ils
allaient prier à l'église. Avant
de commencer l'office, le curé
vint faire son sermon; il dit
qu'il était bon de donner pour
l'amour de Dieu et que Dieu rendait
au double à qui donnait de bon coeur.
«Entends-tu, belle soeur, ce qu'a dit le
prêtre?» fait le vilain à sa femme.
«Qui pour Dieu donne de bon coeur
recevra de Dieu deux fois plus.
Nous ne pourrions mieux employer
notre vache, si bon te semble,
que de la donner au curé.
Elle a d'ailleurs si peu de lait.
- Oui, sire, je veux bien qu'il l'ait,
dit-elle, de cette façon.»
Ils regagnent donc leur maison,
et sans en dire davantage.
Le vilain va dans son étable;
prenant la vache par la corde,
il la présente à son curé.
Le prêtre était fin et madré:
«Beau sire, dit l'autre, mains jointes,
pour Dieu je vous donne Blérain.»
Il lui a mis la corde au poing,
et jure qu'elle n'est plus sienne.
«Ami, tu viens d'agir en sage,
répond le curé dom Constant
qui toujours est d'humeur à prendre;
Retourne en paix, tu as bien fait ton
devoir: si tous mes paroissiens étaient
aussi avisés que toi, j'aurais du bétail
en abondance.» Le vilain prend congé
du prêtre qui commande aussitôt
qu'on fasse, pour l'accoutumer, lier
Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son clos,
trouve sa vache, ce me semble,
les laisse attachées l'une à l'autre.
La vache du prêtre se baisse,
car elle voulait pâturer.
Mais Blérain ne veut l'endurer
et tire la corde si fort
qu'elle entraîne l'autre dehors
et la mène tant par maison,
par chènevières et par prés
qu'elle revient enfin chez elle,
avec la vache du curé
qu'elle avait bien de la peine à mener.
Le vilain regarde, la voit;
il en a grande joie au coeur.
«Ah! dit-il alors, chère soeur,
il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre:
c'est une belle vache brune.
Nous en avons donc deux pour une.
Notre étable sera petite!»

Par cet exemple, ce fabliau nous montre
que fol est qui ne se résigne.
Le bien est à qui Dieu le donne
et non à celui qui le cache et enfouit.
Nul ne doublera son avoir
sans grande chance, pour le moins.
C'est par chance que le vilain
eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Tel croit avancer qui recule.

Plus court peut être aussi vif:

Citation :
LE VILLAGEOIS QUI CHERCHE SON VEAU

Un villageois, ayant perdu son veau,
l'alla chercher dans la forêt prochaine.
Il se plaça sur l'arbre le plus beau,
pour mieux entendre,et pour voir dans la pleine.
Viens une dame avec un jonvenceau.
Le lieu leur plaît,l'eau leur vient à la bouche,
et le galant, qui sur l'herbe la couche,
crie, en voyant je ne sais quels appas:
"Ô dieux!que vois-je!et que ne vois-je pas !"
Sans dire quoi : car c'était lettres closes.
Lors le manant les arrêtant tout coi :
"Homme de bien, qui voyez tant de choses.
Voyez-vous point mon veau ? dites-le-moi."

Poésie libre

Bien sûr, ni la ballade, ni le pas d'arme, ni l'ode ou l'épopée, ni même le fabliau ne résument toute la poésie... Complainte, marche, hymne, épitaphe, simple quatrain, libelle, ... Qui ne trouverait poème à son goût? Nous les avons rassemblés dans le prix "Samuel Kamps", et nous avons décidé d'en donner quelques exemples issus de la biblothèque du Palais Saint-Pierre, au Castel de Lyon.

La chanson à boire...

Citation :
DU FEU !
(Charles d’Orléans, XVe)

En hiver, du feu, du feu !
Et en été, boire, boire !
C'est de quoi on fait mémoire,
Quand on vient en aucun lieu.

Ce n'est ni bourde, ni jeu,
Qui mon conseil voudra croire :
En hiver, du feu, du feu !
Et en été, boire, boire !

Chauds morceaux faits par bon queu
Faut en froid temps, voir, voir;
En chaud, froide pomme ou poire
C'est l'ordonnance de Dieu :
En hiver, du feu, du feu !

La complainte...

Citation :
COMPLAINTE DU ROI RENAUD
(Anonyme, multiples versions, depuis le XIIIe jusqu'au XVe)

Le roi Renaud de guerre revint
tenant ses tripes dans ses mains.
Sa mère était sur le créneau
qui vit venir son fils Renaud.

- Renaud, Renaud, réjouis-toi!
Ta femme est accouché d'un roi!
- Ni de ma femme ni de mon fils
je ne saurais me réjouir.

Allez ma mère, partez devant,
faites-moi faire un beau lit blanc.
Guère de temps n'y resterai:
à la minuit trépasserai.

Mais faites-le moi faire ici-bas
que l'accouchée n'lentende pas.
Et quand ce vint sur la minuit,
le roi Renaud rendit l'esprit..

(... sa femme, le lendemain, se rend à l'église accompagnée de sa belle mère ...)

Quand elle fut dans l'église entrée,
un cierge on lui a présenté.
Aperçut en s'agenouillant
la terre fraîche sous son banc.

- Mais dites-moi, mère m'amie,
pourquoi la terre est rafraîchie?
- Ma fille, ne puis plus vous le céler,
Renaud est mort et enterré.

(...)

Terre, ouvre-toi, terre fends-toi,
que j'aille avec Renaud, mon roi!
Terre s'ouvrit, terre fendit,
et ci fut la belle englouti.

La marche...

Citation :
MARCHE DE DIE
(Finn McCool, 1454)

Nous sommes les soldats de Dié!
Rentrant de patrouille,
par la poussière de nos routes habillés,
à travers tout le duché nous sommes allés,
prenez à témoins nos bottes usées.

Nous sommes les soldats de Dié!
Ramenant avec nous les brigands capturés,
nous honorons le serment que nous avons prêté,
contre vents et marées,
celui de protéger familles et foyers.

Nous sommes les soldats de Dié!
Rentrant de patrouille,
les mains calleuses et la gorge asséché,
d'avoir à nos ennemis,
fait goûter le fer de nos épées,
buvant une bière pour célebrer,
avec nos amis retrouvés.

Nous sommes les soldats de Dié!
Où il est de la vermine à fendre,
vous nous trouverez!
Casses-crânes et crèves-coeurs,
affectueusement nous fûment surnommés!
Et partout ou ça cogne,
vous nous verrez!
Mais sachez que ni l'amour, ni la mort,
ne sauraient nous effrayer!

Nous sommes les soldats de Dié!
Par le sang de nos ennemis,
et la sueur de nos frères,
à jamais nous sommes liés.
Telle une parenté,
aussi solide que les lames de nos épées,
tel de l'acier trempé.
Nous sommes les soldats de Dié!

Ou encore un inclassable:

Citation :
DIX AVRIL
Kroc le Bô, 1455)

Le dix du mois d’avril, ami faut s'en aller,
Faut aller faire la guerre, sans l'avoir demandé,
Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé.

Faut aller faire la guerre à ces maudits Français,
Pour le duc pour la Duchesse qui sont dans leurs palais,
Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé.

A la première campagne, me voilà prisonnier,
Celui qui me verse à boire, c'est un soldat français,
Aux chemins de la guerre ne pousse pas de blé.

A la deuxième campagne, un bras j'y ai laissé,
Quand j'irai voir ma mie, je pourrai plus l'embrasser,
Aux chemins de la guerre ne pousse pas de blé.

A la troisième campagne, mon cap'taine j'ai tué
Je l'ai laissé contre un arbre, le quittera plus jamais,
Aux chemins de la guerre ne pousse pas de blé.

Petit soldat de Bretagne, où donc est ton épée ?
Monsieur mon capitaine, il l'a dans son côté,
Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé

Trois de mes camarades sont venus me chercher,
Pas un qui me regarde ou veuille me parler,
Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé

Que l'on dise à ma mère, que la guerre elle m'a tué,
Mais que le duc de Bretagne c'est lui qui l'a pas gagnée,
Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé

Aux chemins de la guerre, ne pousse pas de blé
S'il y en a qui moissonnent, ce ne sont pas nos fermiers,
S'il y en a qui engrangent, c'est pas dans nos grenier.
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[RP] Présentation du Mécénat Ducal de mars 1456
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